| Par le petit bout de la banlieue |
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| Les banlieusards et les jeunes seraient tombés en pâmoison devant “la dame en blanc”. Pas si sûr, juge l’hebdomadaire suisse L’Hebdo. |
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Dans la voiture, quand nous sommes arrivés près du palais des sports, Mohamed a dit : “Je ne vais peut-être pas me parquer trop près, on ne sait jamais, si ça tourne au Bronx.” Et puis il a éclaté de rire : “Prudence de banlieusard !” C’était samedi matin 25 novembre. Avec Mohamed Hamidi, rédacteur en chef du Bondy Blog, nous allions assister à la première apparition en public de Ségolène Royal depuis sa désignation comme candidate socialiste à la présidence. Pour cette occasion, Mme Royal avait choisi la banlieue, et plus précisément Bondy. Le public arrive gentiment, Ségolène Royal n’est pas attendue avant 11 heures. Initialement, elle était annoncée en fin d’après-midi, mais l’heure a été avancée, sage précaution. A midi, les mauvais garçons dorment et la nouvelle n’a pas eu le temps de faire le tour des cités : il y aura moins de monde, mais on est sûr d’éviter les dérapages… Sourire doux et veste rose, Ségolène Royal fait son entrée. Tonnerre d’applaudissements. D’abord, la candidate va écouter. Longuement. C’est-à-dire au moins trois quarts d’heure. Quand elle se lève, Ségolène Royal a une jolie formule sur la diversité : “Il est temps que la France se reconnaisse telle qu’elle est. Il est temps que l’on arrête de parler de Français de souche, comme s’il y en avait d’autres, des Français de branchage ou de feuillage !” Et puis elle déroule le manuel de la démocratie participative, sa marque de fabrique. Dans la salle, on écoute… et on papote. Pas de ferveur particulière, semble-t-il. Je repense à ces propos entendus dans plusieurs cités sur le manque de charisme de Ségolène Royal et sur la confiance limitée qu’elle inspire. Depuis trois semaines, je fais une sorte de tour de France des banlieues, de lycée en lycée, rencontrant des jeunes en terminale, par groupes de dix ou vingt. Et que disent-ils de Ségolène Royal, ces spécialistes ? “Elle n’a pas la carrure, je ne la sens pas assez solide”, tranche Maamar Adjili, du lycée Saint-Exupéry de Fameck, près de Metz. Ce Français d’origine algérienne prédit un fort taux d’abstention électorale dans les banlieues. “On ne se reconnaît pas dans les candidats : Sarkozy, c’est le Kärcher, Le Pen, autant donner un billet d’avion à mes parents, et Royal, ma prof d’économie est contre.” L’opinion de Maamar se retrouve souvent exprimée : Ségolène Royal serait trop légère, elle n’aurait pas de programme, on attendrait toujours de voir ce qu’elle a dans le ventre. A Maubeuge, Abdoullah Boughazi dénonce l’effet mode : “Parce que c’est une femme, tout le monde en parle. Pourtant, elle fait de la politique depuis 1985, et tout d’un coup c’est comme si elle était nouvelle et qu’on la découvrait.” Dans la classe, les filles opinent. Pas une ne prend la défense de la candidate parce qu’elle représente les femmes. Une jeune camarade, Hayat Slimani, pas même 16 ans mais déjà passionnée par la politique, petite bombe combative qui s’habillait gothique il y a quelques mois au mépris des rejets du quartier, explose : “Je voterai pas pour elle, elle n’est même pas de gauche !” Pas pour elle, d’accord, mais pour qui alors ? Et là, généralement, il y a un grand silence. Rares, très rares sont ceux qui se déclarent ouvertement en faveur de Nicolas Sarkozy, même si sa franchise et sa rudesse sont appréciées. “Quand il dit : ‘La France, tu l’aimes ou tu la quittes’, je trouve qu’il a raison”, sourit Ilefe, qui supporte pourtant Ségolène. Mais, au fond, elle sait qu’elle ne pourrait pas voter pour lui. Dans les banlieues, on n’aime pas vraiment Ségolène (“Elle est pour eux d’une autre planète, glisse une conseillère pédagogique, et comment en serait-il autrement quand, à chacune de ses apparitions, elle porte en habits l’équivalent de leur salaire mensuel ?” ), mais on peine à voter ailleurs. Au palais des sports de Bondy, quand Ségolène a quitté la salle et que la pression est retombée, les commentaires n’étaient pas enthousiastes. Convaincus par son discours ? “Bof, elle n’était pas mauvaise, mais j’attends toujours son programme”, lâche Soraya Messaoudi. Samir, le Marseillais, ajoute en écho : “J’attends de voir.” |
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Alain Rebetez L'Hebdo | |
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